Episode 7 : Où est Alex ?

Alex est gentil. Alex est gentil. Alex est gentil.

Quand une fille dit ceci d’un homme trois fois sans pouvoir trouver un autre qualificatif, à part peut-être qu’il est aussi “adorable”, alors là, y a de l’ennui dans l’air. Chaque fois que Mwiza est tombée amoureuse, elle a commencé par dire « il m’enerve » et c’était dans la poche.

Alex est un gars bien. Pas un bad boy comme Alan. Les mots comme infidélité, mensonges, trahisons le font pleurer rien qu’à les entendre. Jamais il ne ferait ça, car la femme, c’est la plus belle créature du monde. C’est toujours saisissant de rencontrer certains êtres qui ont su garder leur innocence intacte dans un monde rempli de tant de bruts.

Alex achète ses vêtements au marché du dimanche à Zurich. Il emmène ses tartines au travail, ou mange à la cantine, pour économiser des sous. Pour aller au travail, il prend le train. 6h32 tous les jours au quai de la gare, en train de manger une banane et boire sa gourde de café. Il commence son travail à 7h30’ pile et à 16h04’ il est de nouveau au quai de la gare en train de croquer sa pomme.

Un jour, Alex a vu Mwiza qui pleurait sur le quai. C’était malheureux. Pauvre créature innocente, elle avait si froid et était désemparée. Il s’est approché d’elle. Elle venait de rompre avec Alan. Ils ont discuté. Alex était si rassurant. Il appela ensuite un taxi pour la raccompagner. 15 francs suisses le taxi. Une grosse dépense pour lui. Lorsque Mwiza lui dit merci en larmes, Alex tomba amoureux instantanément. Elle était si intéressante, désordonnée, vive, passionné et perdue. Il était sûr que c’était le bon Dieu qui la lui avait envoyée pour qu’il en prenne soin. Pauvre bon Dieu…

Alex vient de construire une maison pour ses parents au Rwanda. Depuis qu’il est en Suisse, il a payé leurs dettes, et scholarisé ses petits frères et soeurs. Alex a aussi ouvert un petit business au pays. Il élève des poules, et ça commence à rapporter. Alex n’est pas comme Alan : il n’a ni dettes, ni cœurs brisés à son bilan. Il avance tout doucement avec les petits moyens qui sont les siens. Il a des projets qui ont du sens.

Il espérait tellement consoler Mwiza. Lui faire oublier cet Alan, une fois pour toutes. L’épouser car on ne peut pas faire beaucoup de promesses en amour sans parler de mariage. On ne peut pas faire perdre son temps à une femme. Innocence, naïveté, gentillesse, bonté ? On a toujours du mal à trouver le mot juste pour qualifier les actions d’Alex.

Certaines filles rwandaises rient de lui. Elles l’ont surnommé Alex Boring. C’est pas gentil. C’est vrai que comparé à Alan, Alex semble…just boring.  Alan a de la tchatche, s’habille bien,  combine à la fois les rôles du charmeur, séducteur et briseur de cœurs. Il lui arrive toujours des trucs de ouf. Qui a croisé Messi dans l’assenceur du Plaza? Qui a dîné avec la reine d’Angleterre ? Qui vient te chercher en Mercedes au premier rencard et t’offre du champagne à gogo? A-lan.  A lui toutes les filles. Good girls love bad boys, on va pas refaire le monde. Tout cela pendant qu’Alex croque sa pomme sur le quai d’une gare, attendant un train vieux, moche et bondé. Jamais rien de passioné ou d’excitant ne lui arrive. Il va vous parler de ses poules ou des gens qu’il voit dans le train tous les jours.

Alex ? A-qui ? A-Tchoum ? Tu as étérnué c’est ça ? Qu’elles disent.

Qui veut épouser Alex ? Qui veut devenir Mrs Boring ? Paaaaas toutes à la fois s’il vous plaît.

Où est Alex ? A l’extérieur….de leur coeur.

Elle en ont des blagues sur Alex. Elle l’invitent souvent à leurs anniversaires, car elles savent que malgré ses cadeaux cheap, il fera la vaisselle et les aidera à ranger avant de rentrer chez lui.

Alex a accepté d’aller chercher Mwiza à l’aéroport de Zurich. Elle espère se plaindre à lui, lui dire à quel point elle est déçue d’Alan, et tout ce qui lui est arrivé à Kigali. Elle le prend pour acquis, et pense qu’il ferait n’importe quoi pour elle, mais il n’ira pas la chercher. Il a enfin trouvé chaussure à son pied. Une fille qui ne se moque pas de lui. Une qui a su voir le sens de sa vie et qui sait ce qu’elle veut. Dorothée. Cette nuit, elle a posé un ultimatum : c’est soit elle, soit Mwiza. Non mais, pourquoi se lever à quatre heures du matin pour aller chercher une fille incapable de te prévenir à l’avance qu’elle rentre au pays ? Elle n’aurait pas pu prendre un pagne pour ta maman hein ? Elle s’appelle comment déjà ? Mwiza? Muprofiteuse? Mubi….tch! Si Alex choisit d’aller jouer aux bons serviteurs à l’aéroport de Zurich, il ne reverra plus Dorothée. A la guerre à la guerre, les hommes bons sont rares !

Alex a beaucoup de jugeotte. Il sait que Mwiza c’est du vent. Le jour où il lui a déclaré son amour, elle a tout bonnement éclaté de rire. Elle avait les larmes aux yeux, essayait de se calmer, mais l’idée d’être avec Alex Boring était juste…trop drôle. Alex n’a pas oublié le mal que cela lui a fait. Il ne sait même pas pourquoi il a accepté d’être son ami. Il n’aime pas l’entendre parler d’Alan encore et encore.

Alex connaît toutes les blagues qu’on raconte sur lui.  Cela lui fait mal, mais quand il pense que ses parents sont à l’abri de la pauvreté parce qu’il s’est privé, alors elles peuvent parler les mégères. Il n’ira pas à l’aéroport car il sait que Dorothée exécutera sa menace, sans pitié. Alex Boring….hum…quand Mwiza le verra avec Dorothée, elle va raler et le regretter amèrement. Certaines filles aiment les hommes pris. Mwiza se rendra vite compte que rendre Alan fidèle est plus difficile que relooker Alex. Dorothée a en effet jeté ses vieux jeans et à raffraîchi sa garde robe. Certains hommes deviennent intéressants quand ils sont pris .

*

Dans l’avion, Mwiza tente de chasser Alan de ses pensées, et fait des projets. Elle dresse une liste alphabétique de ce qu’elle pourrait faire de sa vie. Partant d’Analphabète, passant par Politicienne et  finissant sur Zoologue. Elle s’amuse avec les mots. Elle rigole en découvrant les nombreux choix qui s’ouvrent à elle. Ce qui est bien quand on a l’argent, c’est qu’on a toujours les moyens de retomber sur ses pates. On a le droit de faire des erreurs et de s’en remettre.

En escale à Entebbe, une amie de longue date rentre ds l’avion.

Non.

Surtout pas elle.

Pas maintenant.

Pas de chance. Elles sont assises l’une à côté de l’autre. Deux anciennes amies  qui se détestent au plus haut point.  Deux femmes qui se sont blessées.

8 heures de vol côte à côte avec sa meilleure ennemie. Comment survit-on à ça ?

L’avion n’a pas encore décollé qu’il est déjà en zone de turbulences.

Attachez vos ceintures, ça va secouer.

Zaha Boo

 

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