Episode 8 : L’essentiel

Franchement Nina tombe mal. Mwiza avait besoin de huit heures de vol pour organiser sa vie. Elles se sont embrouillées depuis plus d’un an et cela devient ridicule qu’elles ne se parlent pas. Nina s’installe à côté de Mwiza et toute la zone peut sentir la glaceur de leur regards qui, en silence se disent « Bonjour je te hais » et se retournent avec un soupir qui demande au bon Dieu ce qu’elles ont fait pour mériter un trajet long courrier côte à côte.

Mwiza peut tenir le silence. Elle peut l’imposer à Nina jusqu’à Zurich, descendre de l’avion et ne pas lui adresser la parole pour des années encore. Elle ne sait pas ce que c’est se réconcilier. Quand on est amis c’est pour la vie. Quand ça se gâte, eh bien c’est foutu pour la vie. C’est comme ça.

Pour Nina c’est un peu compliqué. Elle ne sait ni tenir sa langue, ni contenir sa curiosité. Déjà elle meurt d’envie de savoir ce que devient Mwiza. Non qu’elle se préoccupe de son bien-être. Non. Elle veut juste avoir la confirmation que Mwiza est exactement ce qu’elle pense d’elle. Une bonne à rien. Une gosse de riche paresseuse et mal élevée.

Mwiza tente d’oublier la présence de Nina. Elle se plonge dans son carnet et tente de faire des projets en dressant une liste de priorités. Elle est sûre que Nina est en train de l’espionner. La fouineuse. Toujours à vouloir être partout.

Elle fait alors un test et écrit quelque chose sur son papier. Nina qui ne s’y attend pas à cela éclate en colère.

«  Donc jamais tu ne voudrais être comme moi ? Ce n’est pas que tu ne le veuille pas, tu ne le peux pas tout simplement ».

« Nina, sérieux, va chercher bagarre ailleurs. Je voulais juste voir si tu ne m’espionnais pas. Je me demandais justement comment j’allais te saluer. Maintenant j’ai trouvé : Bonjour l’indiscrétion. »

« Je peux aussi te saluer : Bonjour l’indécence. Non mais j’insiste. Tu n’as ni ma réussite professionnelle ou privé parce que tu ne construis jamais rien. Tout cela j’y ai travaillé moi. Tu ne peux pas être moi car tu ne peux rien avoir de tout ceci gratuitement »

« Quelle arrogance. Quelle indécence. C’est vraiment lamentable d’être ainsi… »

« Alors là je t’arrête. Toi donneuse de leçon. Dis-moi quelles sont tes nouvelles, tu reviens de Kigali ? Tu fais de nouveau une liste de priorités dans un avion ? Est-ce que c’est un rewind de ta vie ou tu nous refais un remix ? Je parie que tu as vu Alan et que tu as essayé de retomber dans ses bras. Et je parie que ça n’a pas marché comme pour les 76272782 fois précédentes. Et que que tu profites toujours d’Alex lors de tes passages à Zurich? Dis-moi que tu as bougé un seul doigt de ta vie misérable et je me tairai à jamais »

« Tu as raison, Nina. Je tourne en rond » Nina est presque en larmes et baisse les yeux.

« Ah, tu vois, tu vois j’avais raison. Alors avant de me donner des leçons, hein, arrange ta vie Mwiza», rajoute Nina, en riant.

Dans l’avion c’est le silence absolu. Tout le monde fait semblant de ne pas avoir entendu les deux femmes.

Mwiza est lessivée par les propos cassants de Nina. Elle n’a ni l’envie de se battre ni l’envie de polémiquer. Elle ne dit rien et se replonge de sa liste. C’était idiot de sa part d’écrire que jamais elle ne serait comme Nina.

Comment Nina a-t-elle pu être sa meilleure amie un jour ? Impossible de le comprendre.

Deux heures plus tard, la colère de Mwiza est plus forte que tout et elle décide de contre-attaquer.

« Bon Nina madame perfection, tu as déjà combien d’enfants ? Le premier, tu as dit que ça avait picoté en accouchement et tu tenais ton laptop à envoyer des mails quelques heure après l’accouchement. Le deuxième, je crois que tu avais réunion un matin, tu passée par l’hosto tu as accouché et tu es repartie. Tiens je parie que tu as fait mille repas pour ta famille avant de voyager et que ton mari ne peut même pas bouger une seule minute du planning barbant que tu leur as laissé.

Tu crois que tu es parfaite mais en réalité tu es la reine des ch*euses, et ta vie est vide, vide de sens, de plaisir, d’amour. Tu as besoin de tout avoir, tout contrôler, tout diriger.

Mais dis-moi, Ni-Na, et le bonheur dans tout ça ? Tu connais, hein ? Je parie que j’étais la seule amie qui pouvait encore te supporter et te voir de temps à autre.  Maintenant qui est ton amie ? Ton ordinateur ? Tes livres ? Tes habits ? Dis-moi que je me trompe. Et je demande au pilote de  sauter de cet avion ! »

Un long silence s’abat dans l’avion. Nina ne sait pas quoi dire. Match nul 1-1. Vont-elles se contenter de cela ou c’est seulement la mi-temps ?

Mwiza est heureuse, elle se sourit. Puis replonge dans son carnet. Yes. Elle a cloué le bec de Nina une fois pour toutes.

Quelques minutes plus tard, le commandant de bord s’adresse aux passagers. Il raconte l’horreur. Bruxelles attaquée.Bruxelles brisée.Bruxelles bafouée. En plein cœur. Au Nigeria, pareil. Au Pakistant Pareil. Le monde va mal.

Mwiza Pleure. Nina pleure. Que s’est-il passé ? Elles oublient leurs bagarres et se serrent l’une contre l’autre dans les bras. Elles se souviennent de l’horreur qui s’est abattue sur leur pays en 1994, et se sentent désemparées.

Le commandant annonce que l’avion fait demi-tour sur Kigali.

Qu’avaient-elles promis à la vie, ou plutôt à leur survie? Que jamais elles ne lui feraient des caprices. Le temps passant et le confort de la paix devenant abondant, elles se sont créées des occupations. Elles ont oublié d’où elle venaient et se sont déchirées. Et là elles se retrouvent remises en question.

“Te souviens-tu Mwiza de nos exercices de poésie et nos jeux de rime ?” demanda Nina

“Let’s Go! “Cria Mwiza

Mwiza : “Quelle est l’origine de la haine ?”

Nina : “Quelle est le remède pour cette migraine?”

Mwiza : “Quelle scie qui brise cette chaîne ?”

Nina : “Quel antidode guérit cette gangraine?”

Mwiza : “Quand nous étions petites”

Nina : “Dans les bois nous courions vite”

Mwiza : “Dans le sable nous marquions : amitié  toujours.”

Nina :”Y a –t-il une seule de nous qui a marqué , la haine un jour?”

Mwiza : “Aucune. Fermons les yeux et revenons au temps”

Nina : “Ou l’amour n’était pas un contretemps,”

Mwiza : “Créons une nouvelle époque,”

Nina : ” Où personne ne suffoque.”

Mwiza : “Sans avoir vécu ses rêves”

Nina : “Bordel. Une époque où plus  personne ne crève !”

Mwiza : “Ma meilleure amie me manque”

Nina : “Contre mes peurs elle est ma seule planque”

Mwiza : “Contre la solitude elle est le remède”

Nina : “Elle est magique comme Archimède.”

 

N’est-ce pas que certains événements de la vie nous ramènent à l’essentiel ?

Kigali, she’s back!

 

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