La violence des genres, seulement contre les femmes?

 

Lorsque j’accouche de mes deux enfants, fille et garcon, en 2013, mon fils Ethan a un kilo de plus qu’Allyson. Je suis surprise par certaines remarques. Oh le gourmand, il en a pris plus que sa soeur. Hum les hommes quand même!  Ces remarques, accompagnées d’un sourire moqueur, laissent à penser que même dans le ventre, les hommes prennent la plus grande part de gâteau. En tant que nouvelle maman, j’étais consternée, même si je suis sûre que derrière cette maladresse, il y avait un souci de modernité, ou d’appartenir à ce groupe de personnes conscients de la “gender issue” qui subsiste sur la planète Terre.

Tout cela a cogité dans ma tête.  Surtout le jour où nous croisons un vieil homme, qui nous suggère de toujours mettre Allyson sur la place la plus surélevée de la poussette. De cette façon, Ethan ne pensera jamais qu’il est supérieur à elle.  Trop c’était trop. Si Ethan avait été une fille, un autre disque aurait  certainement tourné. Mais là, à peine venu dans ce bas monde, sans avoir participé à quelque oppression de la femme que ce soit, il était d’office du mauvais côté. Parce que c’était un garcon.  Ceci m’a ramené à me demander si les hommes pouvaient être des victimes de leur genre, même si j’admets et je clame haut et fort que la femme est généralement victime des inégalités basées sur le genre dans ce bas monde. Même si les medias ne vendent que la violence faite aux femmes. Ou alors c’est nous qui n’achètons que cela ?

Dans mes recherches, je fus choquée de constater que la violence faite aux hommes, est presque toujours cachée sous un autre nom plus général, qu’une violence faite aux hommes. Les petits garçons qu’on envoie à la guerre dès qu’ils ont 7-8 ans dans certains pays ? On dira que ce sont des enfants. Les enfants soldats pour être plus correct. Or on sait que même si cela peut concerner les filles, généralement ce sont des  petits garçons. Donc des victimes de leur genre.

Les hommes noirs qui se font fusiller aux Etats-Unis en pleine rue? On dira que ce sont des délinquants. Noirs. Même si les mêmes scènes se répètent encore et encore et visent systématiquement les hommes noirs ? Difficile de le croire.

Et ces hommes qu’on a obligés à voir et entendre les pires atrocités qu’on faisait subir à leurs femmes, soeurs, filles ? Pendant guerres ou genocides, ils étaient juifs, tutsis, opposants politiques, mais on les a aussi attaqué dans leur masculinité, pour les atteindre au plus profond de leur âme. Révoltant.

Toc,toc,toc. Contactez une ONG et dites que vous voulez vous battre pour  la cause masculine en Afrique. Clap! Clap! Clap! Mais que se passe-il?  La porte vous claque au nez. Parce que ce n’est pas sexy. Parlez de la pauvreté en géneral, si vous voulez bâtir un terrain de football pour que les petits garçons ne deviennent pas des voyoux.  Et incluez-y les filles. Parlez de l’accès au sport et à la culture. Mais ne mentionnez surtout pas que c’est pour les garçons, hommes, jeunes adolescents. Parce que cela risque de paraître un peu trop macho. Or les petits garçons ou adolescents, pour développer leur propre estime ont besoin de cela. De se retrouver entre eux dans un endroit où ils rugissent comme des lions. Comme nous les filles, on adore les sorties ou les soirées pyjamas entre nous…Quel mal y a-t-il à cela?

Mon fils Ethan est né avec un kilo de plus oui, et ma fille qui avait un sous-poids ne causait pas d’inquiètude. Parce que statistiquement, selon un hôpital universitaire renommé de Bruxelles, les petites filles africaines nées en sous-poids survivent quasi toujours. Et comme j’étais plus mère que féministe, je n’ai pas seulement crié victoire à la femme déjà forte qu’était Allyson, mais aussi, victoire à ce kilo de plus d’Ethan qui lui permettait de bien vivre. Parce que statistiquement, en sous poids, il aurait eu moins de chance de survie que sa soeur.

Qu’est ce que cela veut dire exactement? Que les gênes de la femme africaine ont muté et lui ont donné la force incroyable de surmonter tout dès la naissance ou que l’homme africain est toujours fragile? Seule la nature sait, mais cela ouvre la porte à tant de réflexions. 

Cette force innée de la femme africaine, confirmée statistiquement, m’a quand même rendue triste. Quel héritage douloureux avons-nous pour être aussi fortes dès notre naissance?  Cette réputation de la femme africaine forte nous précède  donc,et nous suit. Cela me rappelle d’un jour où j’ai dit à une amie que j’avais été malade. Elle m’a regardé comme si elle admirait un monument et  d’un regard à la fois déçu et étonné, elle m’a dit, qu’elle me croyait plus forte. I need a hug please…

La cause féministe est une belle cause mais autant nous demandons que les hommes forts et conscients rejoignent cette cause, autant nous devons inclure ces hommes fragiles, fragilisés et dont la souffrance est cachée sous un autre nom plus général qu’homme alors que pour les nuire, on s’attaque également à leur nature masculine et à ce qui fait le plus mal. Ce sont nos pères, nos frères, nos amis, nos maris, nos fils. 

N’oublions pas que ce n’est pas la différence de perception des sexes qui cause problème. Nous pouvons voir le monde avec nos yeux de femme comme les hommes peuvent le voir avec leurs yeux d’hommes. Les différences de sensibilité existeront toujours. Ce qui est mal et injuste, c’est l’inégalité des droits et l’oppression basée sur le genre quelle qu’elle soit. La société saine est une sociéte avec des hommes et des femmes solides, épanouis, avec les mêmes droits fondamentaux, dans les textes et dans les faits. Ne laissons pas les médias faire de la cause féministe une mode, mais un combat. Un combat juste qui n’oublie pas que partout dans notre monde on peut aussi attaquer des hommes pour destabiliser une société entière.

La violence des genres est la cassure la plus profonde de l’humanité. Taillée sur mesure tant pour les femmes que pour les hommes, elle les casse dans tout leur être et souvent de manière irrécupérable. 

Combattons-la de toutes nos forces.

Zaha Boo

Contact : marieyolanda@hotmail.com

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