Quelques notes sur la Saga Safi-Parfine

Quand une femme se sent trahie par un homme, elle dit beaucoup de choses pas très jolies pour soulager son chagrin d’amour. Parmi ces choses, elle se console en disant que celle qui reprend celui qui vous a jetés comme une chaussette n’est pas à la hauteur, on l’insulte en privé, on trouve son sac moche, bref. C’est un truc de femmes, ce n’est pas très chrétien, je sais, mais tout le monde n’a pas la spiritualité du Dalai Lama pour pouvoir canaliser sa colère immédiatement vers quelque chose de plus beau et de plus grandiose.
Ce n’est pas un secret que le chagrin d’amour est une blessure vive qui puisse faire perdre la raison. Quand les amis sont là, surtout votre meilleure amie, elle vous aide à passer ce cap difficile, c’est permis de se défouler sur elle et de dire toutes les choses noires qui passent par la tête.
Franchement en privé, loin du public, on a tous cette intimité qui n’est pas jolie, ces pets qu’on lâche loin des regards, cet être en nous qui est le plus sombre et le plus horrible. Cela ne nous définit pas nécessairement.
Une amie qui publie votre audio en train de ressasser votre colère, votre rage, c’est vraiment ignoble comme acte. C’est une personne dont il faut se débarasser.
Quand des rwandaises s’insultent sur la taille de leur nez, de leur visage, je m’arrête tout de suite. Qui est belle, qui est moche? Really ? En tant que féministe je trouve ça malheureux. On est des femmes, on devrait se soutenir à la base, non? Tous ces hommes qui par-dehors, se soutiennent comme des cristaux, même quand ils trompent leurs épouses, ils se filent des tuyaux pour mentir bien, se couvrent, et nous les femmes ? On se dénonce. On s’insulte. On fait de la body shaming. De la slut shaming. De la fat shaming. De la divorced shaming. De la dark shaming. Quand une rwandaise dit à une autre qu’elle est la mieux éduquée car elle n’est pas divorcée, c’est moche. Le fait qu’une femme soit divorcée n’enlève rien à son droit à la recherche du bonheur ou à la reconnaissance sociale. Le fait qu’elle soit divorcée ne donne aucune mais aucune information sur son éducation. Soyons intelligentes de temps à autre. Cela n’enlève rien également au fait qu’elle puisse avoir un coeur, se sentir trahie et malheureuse. Si elle a quitté son foyer, ce n’était pas par gaité de coeur, il y avait des raisons. Si elle a fait de bons ou de mauvais choix, c’est à elle de savoir, elle en tirera des leçons, chose qu’elle mentionne dans l’audio, qui à la base, je le rappelle, ne nous était pas destinée. Elle a des enfants oui, pourquoi la confiner dans son rôle de mère lui disant qu’elle n’a qu’à s’asseoir, serrer ses fesses et investir dans l’éducation de ses enfants? Ne peut-elle pas de temps à autre profiter de la vie et boire du champagne ?
Encore deux choses.
La première, c’est que je constate que pendant ce temps là, monsieur se balade, monsieur a eu ce qu’il voulait et personne ne blame ce gentle man. La vie est tellement belle pour les hommes. Trouvez-vous louable de sortir avec deux filles à la fois de larguer l’une et d’épouser l’autre en un rien de temps? Bien entendu, monsieur a ses raisons, loin de moi l’idée de vouloir le juger, mais on ne peut lui amputer une responsabilité qui est la sienne dans cette histoire. Mais la société est tellement clémente envers ces monsieurs…ah si j’étais un homme lalalalalalalala
La deuxiéme est que ce genre de dénonciations que les rwandais font de plus en plus m’interpelle énormément.
Ce genre de dénonciations ne cultive pas la confiance entre les gens. Puis-je encore me confier à une amie? A qui dois-je faire confiance? Déjà 23 ans après un terrible genocide, la confiance entre nous est toujours très fragile. Pourquoi laisser les évangélistes l’ébranler par une revenge porn à la con contre leur pasteur, ou une femme comme vous et moi trahir une amie ?
Et nous comme des moutons, on condamne le pasteur, on condamne Parfine. Les connaissions-nous avant ? Et si demain c’était nous ?
D’ailleurs ce genre de dénonciation devrait être étudié d’un point de vue psychiatrique. Je ne suis pas psychiatre mais je sais que quand on a vécu une situation de guerre, où il a été question de se cacher, puis d’après guerre où il a été question de dénoncer les coupables, on a tendance à prolonger ceci dans la vie de tous les jours. Se cacher et dénoncer les autres devient un rythme de vie insoutenable. Quelque part, dénoncer quelqu’un soulage les autres. C’est comme s’il y avait toujours un coupable qui se cachait parmi nous, et dès qu’il est dénoncé cela soulage un peu. Ça s’appelle de la paranoïa collective. C’est très joli, non? Moi je ne vais pas alimenter ce genre de choses.
Je rappelle qu’il y a des moyens plus humains de faire comprendre aux gens que leur comportement vous dérange. Les dénoncer publiquement, ça les détruit. En attendant ils passent pour des coupables, alors que derrière eux, un bourreau plus dangereux plus féroce se promène. LE DENONCIATEUR. La personne qui appuie sur le bouton de son écran pour vous whatsapper les fautes des autres est particulièrement dangereuse.
Finalement qui est victime dans cette histoire ? J’en vois des victimes moi.
Parfine est doublement victime. Trahie par son homme et son amie. Insultée par une femme sur la longueur de son visage, la taille de son nez, ses choix de vie, son amour pour le champagne,…Pouvons-nous être d’accord sur le fait que cette femme, que son style de vie nous plaise ou non, avait à la base le droit de faire des confidences à quelqu’un?
Safi est victime aussi. Forcément l’audio lui a fait mal. Il fallait laisser ce jeune marié profiter de sa lune de miel. Il a dit et publié des choses car il était blessé dans sa fierté.
Judith ne méritait pas une lune de miel mouvementée et les mots dits sur elle par Parfine n’étaient pas forcément sympa. C’est une jolie dame, certes un autre style que Parfine mais elle a tout ce qu’il faut pour qu’un homme puisse apprécier sa beauté.
Moi, toi, lui et lui sommes victimes. Toute cette négativité que nous avons vu, n’a pas relevé notre niveau de confiance dans le monde. Nous allons nous terrer chez nous et nous méfier les uns des autres. Bravo à qui ?
Il faut souligner l’intention maléfique de la personne qui a mis en ligne l’audio. Celle de détruire et d’alimenter une saga désastreuse.
Ai-je envie d’être ce genre de personne? As-tu envie d’être ce genre de personne ? Que tu sois juif, chrétien, athé, vagabond, salope, enfoiré ou connard ? As-tu envie de détruire les gens ? Passer ton temps à les prendre en photo, à les enregistrer et les larguer comme des sauvages sur les médias sociaux ?
Iyi ni ingengabitekerezo mbaya sana.
Maintenant que le mal est fait, c’est simple : qu’on laisse les mariés se marier et construire leur foyer et qu’on accorde à une femme trahie le droit d’avoir un chagrin d’amour. Enfin que Safi et Parfine puissent avoir la force de se pardonner et d’aller de l’avant.
Surtout qu’on se rappelle que si on veut changer le monde, il faudra commencer par la personne qu’on croise chaque fois qu’on regarde dans un miroir.
Zaha Boo

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6 thoughts on “Quelques notes sur la Saga Safi-Parfine

  1. Je n’ai jamais vu une personne qui a des réflexions construisant. Irimo thérapeute, médiatrice mwizaaa. Ndagushimiye cyaneee komereza aho. Nakunze réflexion yawe kuri sentiment de tristesse, trés intéressant. Pour terminer: iyo umwana (umuhungu, umukobwa) akivuka akarira ni signe de vie, signe d’affirmation. Ni gute bihinduka bibi ku bahungu/ abagabo mu gihe cyo kbura abantu dukunda n’ ibintu by’ingirakamaro?

    Amina

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